Peu d'énigmes sont aussi troublantes que celle du temps. Il n'en est guère d'aussi dénaturées. Aux immenses difficultés d'appréhender un phénomène qui se présente à la fois comme la trame de tous les changements du monde extérieur et de nos pensées s'ajoutent les déformations de l'anthropomorphisme et les pièges du verbalisme. Aussi le problème du temps nous offre t-il un exemple saisissant de bénéfices qui peut présenter, dans l'étude d'une question, le passage de la réflexion métaphysique à l'enquête expérimentale.
D'autres notions ont connu, dans le passé cette transfiguration. Les états de la matière ont fait l'objet de médiations philosophiques, parfois ingénieuses avant d'être attaqués par des thermomètres, des baromètres, des rayons X et mille autres appareils. Nous avons la chance, au XX ème siècle, de pouvoir observer, une de ces mutations intellectuelles : le temps a perdu son caractère mystique pour devenir objet d'expérience tout comme la température, la pesanteur, la circulation du sang, la publicité.
